Langues régionales, l'attitude de l'État français et celle des autres
Pendant des siècles, les langues minoritaires, qualifiées de patois et les cultures locales de superstitions, n'ont eu droit qu'au mépris et à la raillerie.On sait que la préservation des langues et cultures moins répandues appartient heureusement aujourd'hui pleinement (en théorie tout au moins, Unesco) au corpus international des droits humains. Refuser à certains ressortissants autochtones d'un État la reconnaissance publique de leur langue traditionnelle est aussi inconcevable que l'est la volonté de poursuivre le massacre des oiseaux migrateurs protégés transitant par notre territoire. « Contrairement à ce que continuent à soutenir certains adulateurs de l'État-nation, les droits culturels des groupes différenciés doivent impérativement bénéficier du plan mondial de cette protection. »
Comme en matière écologique, l'incurie en matière culturelle n'a que trop duré, les langues du monde disparaissent aujourd'hui de plus en plus vite. Le monolinguisme imposé par l'État français en est un des facteurs aggravants.
Pour la LBDH, M. Herjean
Sur notre continent, les "droits de l'Homme" se sont révélés au XVIIIème siècle. A la fin du XXème siècle ont émergé deux nouveaux droits fondamentaux : les droits écologiques et les droits des minorités. Sur les droits des minorités, où en est-on ?
La ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires est obligatoire pour tout pays qui souhaite entrer dans l'Union Européenne. La France ne veut pas ratifier cette convention, mais elle y contraint les autres pays.
La Communauté Européenne n'a reconnu l'indépendance de la Croatie qu'après la loi constitutionnelle croate du 4 décembre 1991. La commission d'arbitrage, présidée par le Français Robert Badinter, en a jugé les dispositions conforme aux standards européens en matière de protection des minorités. En juin 2008, le sénateur Badinter Robert a voté contre l'inscription des langues régionales dans la Constitution française.
Le Conseil Européen de Copenhague, en juin 1993, a posé les conditions d'adhésion des nouveaux pays de l'Est à l'Union Européenne. Ceux-ci doivent se doter d'institutions stables à même de garantir la démocratie, la primauté du droit, les droits de l'homme, le respect des minorités et leur protection.
Hors de la Communauté Européenne, comment s'organise t'on ?
La Russie est une fédération décentralisée, qui compte 89 unités territoriales, dont 21 républiques autonomes. La Tchétchénie est une république autonome ; le tchétchène y est langue officielle.
La Chine reconnaît officiellement 55 minorités. Le tibétain est langue officielle au Tibet. Les documents administratifs chinois sont traduits en tibétain. Le tibétain est langue obligatoire dans les écoles.
Le Canada reconnaît à égalité le français et l'anglais comme langues officielles, alors que le français est largement minoritaire.
Aux Etats-Unis, il existe depuis 1990 le Native American Languages Act, la loi sur les langues indiennes.
- Cette loi permet à des personnes sans diplôme universitaire suffisant, à savoir les vieux locuteurs, d'enseigner les langues menacées dans le cadre de l'enseignement public ;
- Elle reconnaît le droit d'utiliser la langue menacée comme langue véhiculaire dans l'enseignement public et recommande l'enseignement par immersion ;
- Elle reconnaît le droit à toutes les instances locales, régionales ou étatiques de prendre des initiatives dans le domaine de la défense des langues menacées ;
- Elle reconnaît les cursus, les diplômes et les examens passés en utilisant les langues menacées ;
- Elle interdit toute restriction locale, régionale ou étatique à l'usage public des langues menacées.
La démocratie du nouveau siècle n'est plus celle du livre et du message normalisé qui descend de l'élite. C'est celle de l'internet qui remonte des peuples. La France refuse de connaître ce que tout le monde peut désormais savoir. Elle se replie sur son monolinguisme. Les inquisiteurs nous aspergent de leur eau bénite au nom de saint Robespierre ou saint Gambetta. Contrairement à l'évidence quotidienne en Bretagne, les frères ignorantins prétendent que république française rime avec respect des différences. Les besogneux de la laïcité en appellent à la soumission des cerveaux et à l'alignement culturel.
On dirait le Crépuscule des Dieux. Même les académiciens français, pénétrés de leur mission civilisatrice, s'y mettent. Dans leur déclaration du 12 juin 2008, ils nous disent que la langue française, forgée par l'Académie sur requête des pouvoirs publics, a forgé la France. Ils ont raison. La France n'est pas un peuple, c'est une construction administrative.
Nos himalayas de la culture affirment que la diversité linguistique empêche l'accès de tous à l'Administration et à la Justice. S'ils ont raison, cela pourrait signifier que la plupart des pays du monde n'ont ni administration ni justice accessibles. Cette proposition étant absurde, il reste à penser que l'Administration et la Justice françaises sont bien mal en point.
Résumons. La langue bretonne n'est pas une langue française ; la seule langue de France est celle de l'Académie. La reconnaissance de la langue bretonne porte atteinte à l'identité nationale. On peut en déduire que la Bretagne n'est pas la France. Elle en est le poison, l'étranger hostile.
Les plus hautes autorités demandent aux Bretons, comme aux Kanaks ou aux Corses, d'apparaître nus devant elles et de revêtir la citoyenneté française comme on porte un uniforme pénitentiaire. Nous ne serons respectés par les peuples du monde qu'en désobéissant à de telles injonctions.

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