Mall-Breizh

A quand l'abolition de la peine de mort pour les langues régionales ?

Le 18 septembre 1981, les députés français ont adopté le projet de loi de Robert Badinter abolissant la peine de mort. La France était, avec la Turquie, le seul Etat d'Europe occidentale à encore appliquer la peine capitale.
Plus de 25 ans après, le 19 février 2007, les parlementaires français réunis en Congrès à Versailles ont inscrit l'abolition de la peine de mort dans la constitution. La fédération Régions & Peuples Solidaires se félicite et salue cette avancée humaniste. Cependant, R&PS rappelle que les droits culturels sont partie intégrante des droits humains et que la France n'a toujours pas comblé son retard en la matière.

La France est ainsi l'un des derniers pays de l'Union européenne à refuser de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Pourtant, depuis 1993, tout nouvel Etat désirant adhérer à L'Union européenne doit impérativement ratifier cette charte pour satisfaire aux critères de pays démocratique définis par le Conseil européen lors du sommet de Copenhague.

De plus, en refusant de modifier l'article 2 de sa constitution dans un sens favorable aux langues régionales, la France rejette la reconnaissance officielle et la protection juridique nécessaires à leur survie. Dans son livre rouge sur les langues en voie de disparition, l'UNESCO rappelle que 60% des langues européennes sont en danger d'extinction. Ce processus touche l'ensemble de la planète : 90% des langues du monde auront disparu dans les 100 prochaines années.

Face à cet appauvrissement du patrimoine culturel mondial, R&PS rappelle qu'à l'instar des individus, les langues naissent libres et égales en droits. Comme les individus, les langues régionales doivent être préservées de la peine de mort. « Régions & Peuples Solidaires » appelle une nouvelle fois les responsables politiques à modifier l'article 2 de la constitution française, véritable guillotine des langues régionales et des droits culturels.

 


La langue bretonne est en danger, sa pratique sociale régresse par manque de reconnaissance dans la vie publique, le nombre de personnes parlant breton ne cesse de diminuer et les 10 000 élèves scolarisés dans les différentes filières bilingues, qui représentent à peine 2 % des effectifs scolaires, sont largement insuffisants pour assurer son avenir.

Alors que de multiples enquêtes d'opinion ont montré que 90 % des Bretons sont attachés à leur identité et favorables à l'enseignement des langues régionales, la France, pays autoproclamé des droits de l'homme, refuse toujours d'accorder les moyens nécessaires à la sauvegarde de notre diversité culturelle. La France n'a toujours pas ratifié la charte européenne des langues régionales, les refus d'ouverture des classes bilingues se multiplient, les émissions de radio et de télévision en breton ne cessent de diminuer… Le député européen et ancien ministre hongrois des droits de l'homme, Csaba TABAJDI, a récemment déclaré, en Bretagne le 7 mai puis au Parlement européen, que la politique que l'Etat français inflige aux langues régionales lui interdirait d'adhérer aujourd'hui à l'Union européenne. Quel constat humiliant !

La survie de notre diversité linguistique passe par la mise en œuvre d'un véritable plan de développement de l'enseignement et de promotion du bilinguisme dans la vie publique. En Catalogne et au Pays de Galles, le sauvetage des langues de ces territoires a été permis par l'obtention de réelles compétences politiques et de moyens budgétaires au niveau de l'institution régionale. Pour l'Union démocratique bretonne, il y a donc urgence à ce que la Région obtienne au titre du droit à l'expérimentation, droit inscrit dans la constitution française, les compétences en matière d'enseignement des langues régionales et de politique linguistique.

La liberté de vivre sa culture est une valeur universelle, elle doit s'appliquer en Bretagne comme ailleurs. Pour l'Union démocratique bretonne, une république décentralisée, fédérale ne sera pas moins républicaine, elle sera tout simplement plus démocratique.

L'engagement et le dévouement des militants de la langue et de la culture bretonnes ne peuvent éternellement pallier les carences des gouvernements successifs … Le temps est venu du respect du droit à la différence et de l'obtention des pouvoirs et moyens nécessaires à la promotion de notre identité. En Grande-Bretagne cela s'appelle la dévolution, en Espagne l'autonomie régionale, en France cela n'existe pas ou si peu tant l'Etat reste centralisé et centralisateur !

L'Union démocratique bretonne s'associe à l'initiative du mouvement culturel et appelle à participer à la manifestation du samedi 3 juin à Rennes, pour exiger le transfert de compétences à la Région Bretagne de l'enseignement des langues régionales et de la politique linguistique, la mise en place d'un service public de radio télévision bilingue sur les cinq départements bretons et la réunification administrative de la Bretagne.



Article ajouté le 2007-11-01 , consulté 170 fois

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