Point de vue de Flandre-Artois-Hainaut
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PARIS, ÇA SUFFIT ! |
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Trois siècles et plus que Paris nous dicte notre conduite : une lente mort politique et culturelle, qui a fait de nos Pays-Bas du sud un simple « territoire » (dans la langue des ronds de cuir), dont le nom même, Norpadcalé, symbolise cette décadence sans fin... Et pourtant, les exemples de l'aire néerlandophone de nos grands Pays-Bas sont là pour nous montrer la voie, Flandre du nord et Pays-Bas du Nord. Serait-ce donc une tare de l'aire francophone (ou sous influence francophone) que d'être incapable de regarder ailleurs autrement qu'en poussant des cocoricos arrogants ?
La France à la remorque
Les historiens et les régionalistes qui connaissent l'Histoire évoquent souvent avec nostalgie l' « âge d'or des Pays-Bas » auxquels nous appartenions, depuis le puissant Comté de Flandre des origines jusqu'aux Pays-Bas Bourguignons qui faisaient verdir d'envie les rois de France. Nous étions maîtres de notre destin, de nos décisions et de nos ressources, libres de parler nos langues et de choisir nos alliances. Notre génie pouvait s'exprimer librement dans un espace naturel au cœur de l'Europe du nord-ouest. Nous vivions une sorte de fédéralisme avant l'heure.
Aujourd'hui, nous appartenons toujours géographiquement à cette partie du monde, mais nous ne sommes plus maîtres de nos décisions économiques, ni de nos choix politiques, ni du maintien de nos langues et de nos identités. Nous sommes devenus le Nord-Pas-de-Calais, une sorte de cul de sac de la France, pays qui se veut méditerranéen, une immense friche sinistrée sur bien des points (économie, éducation, santé, etc.), dont le voisinage avec nos frères du Nord prospères et ouverts sur le monde offre un contraste criant et choquant.
Si l'Education Nationale française ne brille pas par ses résultats sur le plan international (voir notre éditorial de juillet ici), les énarques par contre... ne brillent pas non plus par leur efficacité à faire tourner la machine économique!
C'est un énarque, Jean Claude Terrier, qui a été nommé le 22 février dernier par le Conseil des Ministres directeur général du Port Autonome de Duinkerke/Dunkerque. Il succédait à un autre haut fonctionnaire parti celui-ci prendre la direction de la SNCM (Société Nationale Corse Méditerranée). Le nouveau directeur exerçait auparavant des fonctions à la Préfecture de police de Paris, et auparavant, à la Préfecture de Guyane : un CV surréaliste de haut fonctionnaire pour diriger notre grand port flamand... dit « autonome » !
La Noord West Europa
Nos « malheureux » voisins du Nord n'ont pas d'énarques nomades pour gérer leurs affaires, Et elles tournent plutôt bien ! Qu'on en juge par leurs activités portuaires et commerciales :
La Noord West Europa (NWE) ou Europe du Nord-Ouest - c'est ainsi que nos voisins du Nord désignent l'ensemble grand néerlandais - dont nos Pays-Bas français font partie - est le plus grand territoire portuaire du monde. Ses ports, de Calais/Kales et Duinkerke/Dunkerque, jusqu'à Amsterdam voient transiter plus de 70% du commerce fluvial européen et 20% du commerce maritime mondial.
Si les grands ports comme New York et Yokohama progressent lentement, les ports de la NWE ont plus que doublé leur trafic en 10 ans. Rotterdam est de loin le 1er port mondial avec près de 400 millions de tonnes/an, Antwerpen/Anvers, 2ème port européen, n'est pas loin derrière, et totalise un tonnage supérieur à celui de tous les ports français réunis. Sans Rotterdam et Antwerpen/Anvers, leurs hinterlands hyper développés que sont respectivement la Hollande et la Flandre du Nord, n'existeraient pas. Les voies fluviales du Benelux qui sont équivalentes en longueur à celles des voies fluviales françaises, transportent trois fois plus de marchandises que ces dernières. On pourrait multiplier les exemples de ce type, sur le plan économique, sur celui social du chômage, ou de la santé publique, sur celui de l'habitat et de la qualité de vie...
De ce côté-ci du pointillé-frontière, que tous les Flamands désignent sous le terme de « schreve », ou « trait », Duinkerke/Dunkerque, 3ème port français végète depuis des décennies entre 40 et 50 millions de tonnes, sans décoller. Ses bassins sont souvent vides. Aussi longtemps que Duinkerke sera dirigé par des énarques issus de la Coloniale et nommés à Paris, l'économie de l'hinterland régional restera à la traîne. Dans un système fédéraliste où les Pays-Bas français auraient la souveraineté sur la gestion de leurs affaires, notamment dans les domaines de l'éducation et de l'aménagement du territoire, nos ports seraient la propriété des forces économiques régionales, et notamment des PME, et seraient gérés dans le souci du développement de l'arrière-pays. Avec Calais, 1er port de voyageurs d'Europe et Boulogne, 1er port de pêche de France, nous avons des atouts insuffisamment mis en valeur au service de l'économie régionale.
...mais encore faudrait-il que nous luttions à armes égales avec les autres grandes régions européennes. Des Régions assez comparables à la nôtre comme la Lombardie ou la Catalogne disposent d'un budget de 160 milliards de francs, alors que celui du Nord-Pas-de-Calais est de 4 milliards de francs, soit 40 fois moins ! (cité par Bruno Bonduelle en 1999). Sans commentaires !
Paris, ça suffit !
Autre exemple à méditer.
Le 10 mars dernier, la Conférence des Présidents discutait d'un projet de loi, adopté par le Sénat, autorisant l'approbation de l'accord entre le Gouvernement de la République française d'une part, le Gouvernement du Royaume de Belgique, le Gouvernement de la Communauté française de Belgique, le Gouvernement de la Région wallonne, et le Gouvernement flamand d'autre part, sur la coopération transfrontalière entre les collectivités territoriales et les organismes publics locaux.
Ainsi, il existe QUATRE gouvernements côté belge pour représenter démocratiquement les différentes composantes de la Belgique, mais UN SEUL représente notre Région : c'est PARIS évidemment !...et ceci, sur un sujet concernant directement l'avenir de notre Région !
Paris a négocié seul, là où nous avions des représentants élus parfaitement au courant de nos problèmes, donc habilités à œuvrer efficacement en notre nom. On peut d'ailleurs, dans ce contexte de césarisme jacobin, se poser la question de l'intérêt d'avoir encore des élus dits « régionaux » ! En Belgique, les régions de Vlaanderen/Flandre, Brussel/Bruxelles et Wallonie sont comparables en superficie, densité d'habitat et force économique à nos Pays-Bas français (Flandre-Artois-Hainaut) : mêmes fortes concentrations urbaines nées de l'histoire et de l'industrie, même agriculture performante, même dynamisme des réseaux d'affaires et des décideurs. Même besoin de siéger dans les instances européennes...
Mais Paris ne l'entend pas ainsi ! Paris n'a pas daigné nous offrir le moindre strapontin ! Le résultat de ce mépris proverbial est connu d'avance : Paris continuera d'imposer ses décisions, et attendra les réactions de la rue pour savoir si l'opinion les accepte ou s'il faut les modifier pour les rendre quelque peu réalisables.
Ce système de gouvernance jacobine est NUL, il faut en changer !
Mais il serait trop facile et démagogique de tout rejeter sur Paris. NOUS avons aussi NOS responsabilités dans cette situation, ainsi que l'exprime l'extrait suivant « piqué » sur un forum de supporters du LOSC (mais oui !) :
« ...une chose que je constate dans les deux cas, notre Région, comme la Wallonie, c'est l'accrochage désespéré à l'Etat-Providence, à l'abdication de toute volonté de réussir par soi-même : chez nous on pousse des cris apeurés à toute idée de décentralisation, parce qu'on a désespéré de vivre autrement que de la « solidarité nationale » (ou plutôt « charité nationale » ?...'A vot'bon cœur m'dame la France, la petite pièce pour les descendants des mineurs'). En Belgique, la Wallonie est bien plus réticente à la fédéralisation que la Flandre... Ni NPdC, ni Wallonie ne décollent. Si s'accrocher désespérément à l'Etat-Nation ne marche pas, c'est que la solution est ailleurs ».
Un « footeux » qui a tout compris !
Demain, le fédéralisme !
Voilà pourquoi l'Alliance Régionale Flandre-Artois-Hainaut revendique le changement de nom de la Région 5962 pour retrouver l'appellation historique de Pays-Bas français, c'est pour renouer avec cette prospérité qui nous a laissé sur le côté de la route. Le nom Pays-Bas est porteur de connotations autrement plus riches et symboliques que Nord-Pas-de-Calais, véritable repoussoir « inconnu dans le monde, intraduisible en anglais et invendable à l'étranger » selon les meilleurs économistes eux-mêmes. Personne dans le monde ne sait mettre sur une carte le Nord-Pas-de-Calais ; par contre, les Pays-Bas, tout le monde situe, et le qualificatif français ou du sud précise immédiatement la localisation sur une mappemonde !
Le monde est plein d'exemples de pays qui ont connu de stupéfiants décollages économiques après avoir retrouvé leur véritable identité et leur souveraineté: Vlaanderen, Irlande, Slovénie, Pays Baltes, Catalogne, etc.
C'est tout le sens de l'existence de l'Alliance Régionale Flandre-Artois-Hainaut que de rendre à notre Région sa souveraineté sur la gestion de ses affaires ! Nous devons desserrer le carcan parisien et inviter nos compatriotes des Pays-Bas français à regarder systématiquement vers le Nord, vers ses infrastructures portuaires, vers ses réalisations économiques, à s'inspirer de ses réussites dans le domaine scolaire et social, à retrouver un art de vivre et une qualité de vie exemplaires, à revenir à une architecture humaine et chaleureuse. A redevenir maîtres de notre destin ! Nous devons lutter contre le fatalisme et l'autosatisfaction partout colportées avec cette désastreuse image du ch'ti incapable de s'affranchir d'une culture d'assistanat vis-à-vis de l'Etat central.
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De plus en plus nombreux sont ceux, d'Avesnes/Helpe à Boulogne, et de toutes couches sociales, qui prennent conscience de ces réalités et qui rejoignent l'Alliance Régionale Flandre-Artois-Hainaut. Ils ont compris, comme nos voisins du Nord, que l' IDENTITE et l' ECONOMIE étaient inséparables et que mises en synergie, elles pouvaient déplacer des montagnes. |
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REDEVENONS MAITRES CHEZ NOUS !
Régis DE MOL
Lille, Pays-Bas français, 01 septembre 2005

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