Mall-Breizh

Réflexion et témoignage sur l'intervention en Breton de Denez Prigent à Pékin

Témoignage - J´étais aux Transmusicales à Pékin samedi soir et autour de moi, en dehors de mon fils, il n´y avait en vue que des Chinois. En soit, rien de bien exceptionnel à  Pékin. Ce qui le fut en revanche c´est qu´entre nous, le public, et Denez Prigent, malgré la langue, malgré les policiers en T-shirt, malgré les 20 mètres de zone tampon, il s´est passé quelque chose de très fort. Il y a eu une communion, des émotions partagées, bref tout ce qui fait le but même de l´expression artistique. Comme quoi on peut s´exprimer en Breton et parvenir à faire danser des Chinois.

 

Quelques réflexions maintenant - Denez Prigent est un créateur dont les matières premières sont une langue et des formes musicales bretonnes. A Pékin à mon sens, il ne s´est pas érigé en militant de quelque cause que ce soit. Il n´a fait que son métier de créateur, dont le droit le plus strict est "d´aller jusqu´à parler sa langue" maternelle celle de sa création, sur scène. Personne ne lui a demandé de discours sur le traitement des minorités linguistiques en France. Il n´en a d´ailleurs pas fait. Il n´a fait que son travail, et il l´a fait de façon sublime – merci de ne pas l´oublier. Denez Prigent est un grand artiste, et le public de Pékin ne s´y est pas trompé, comme on dit dans les mauvais journaux (pas le vôtre). Vous avez choisi de passer ce simple fait sous silence. C´est vous le journaliste, et c´est votre droit. Permettez-moi quand même de regretter que vous ne soyez pas aussi fier que moi d´expliquer à vos amis chinois que dans le beau pays d´où vous venez la diversité culturelle est source vivante de création; une création à vocation universelle. C´est pas un joli sujet de débat ça?

 

A propos du titre et puisqu´on fait dans le politiquement correct, est-ce qu´on pourrait arrêter de nous refaire le coup des chapeaux ronds, sans vous commander? Ca devient un peu lassant à la longue.

 

Je ne parle malheureusement pas encore Breton mais il n´y avait pas besoin d´être né à Spézet de parents militants à l´UDB (Union Démocratique Bretonne) pour comprendre que Prigent n´a fait que dire bonjour, donné le titre de ses chansons et présenté ses musiciens.

 

Denez Prigent/Libé même combat ? Denez Prigent obéit à l´impérieuse nécessité d´exercer son art dans sa langue, une langue qui se trouve être minoritaire. Vous avez raison, cet acte atteindrait un auditoire plus large s´il choisissait de s´en expliquer en Anglais ou en Chinois. Mais l´impact est-il vraiment le but du jeu ici? Journaliste d´expression française, vous renouvelez chaque jour votre choix d´exercer votre métier dans une langue qui, soyons réalistes, est largement minoritaire à l´échelle de la planète. Le tout au détriment de l´impact. Avez-vous déjà songé sans vertige au nombre de lecteurs potentiels que vous gagneriez en vous mettant à écrire directement en Anglais ou en Chinois? La liberté de Denez Prigent de choisir de s´en tenir à sa langue, n´est-ce pas aussi la vôtre? Est-ce à un journaliste français, travaillant en Chine de surcroît, de reprocher à un poète breton de ne pas vendre sa soupe dans une langue compréhensible par le commun des mortels?

 

Et pour finir – comme le rappelait quelqu´un plus haut, en Bretagne au début du XXè siècle il était interdit de "cracher par terre et de parler Breton". A Pékin aujourd´hui, terre de liberté, on peut encore cracher par terre. Normal qu´on se mette aussi à y parler Breton, non?

 A greiz kalon

Jenovefa

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Article ajouté le 2008-03-17 , consulté 197 fois

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